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Les Entretiens des Civilisations Numériques

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Novaterra : à qui le monde virtuel ?

Jean, 12 ans sort jouer au ballon le 9 décembre 2026, par 25 degrés à l’ombre. Soudain son implant communicant lui signale que la partie en cours sur le jeu NovoMondo réclame sa présence. Une décision importante doit être prise en CA de la société JONAS Inc., leader « novo-mondial » de la production et la distribution locale d’énergie, que Jean a récemment créée à l’intérieur de ce gigantesque monde virtuel. Dès l’âge de 5 ans, Jean avait créé une société de production d’avatars d’animaux de compagnie sur NovoMondo, qu’il a depuis revendue. Grâce à Jean et à d’autres participants de tous âges, NovoMondo est devenu en 2026 le premier univers virtuel mondial avec 250 millions de «joueurs» – curieusement, on persiste à les appeler ainsi. Car on joue certes dans NovoMondo, mais on y travaille aussi : on produit, on échange, on achète et on vend, on débat, on organise des élections, on traque les escrocs et autres délinquants... L’éditeur Indien de NovoMondo envisage d’ailleurs de créer des comptes épargne retraite pour les joueurs très actifs de NovoMondo. L’éditeur de NovoMondo commercialise également auprès des entreprises du monde réel les processus de décision et d’interrelations des joueurs qui ont émergé – au départ, un peu à son insu – dans l’univers qu’il a créé. NovoMondo est devenu la première bourse mondiale d’échange d’énergie de production individuelle. Après des années consacrées à la recherche sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie, des formes décentralisés et plurielles de production d’énergie (géothermie, solaire, micro-centrales) sont généralisées pour les usages domestiques. Cette énergie s’échange dans des réseaux de proximité, mais aussi plus largement grâce à l’hydrogène et aux piles à combustible. Jean est toujours un enfant, mais il joue un rôle dans la gouvernance collective, tout en travaillant comme conseiller écologique et biologique de NovoMondo, en poursuivant ses études et heureusement en continuant à jouer ! Mais le succès de NovoMondo et de quelques-uns de ses concurrents a suscité un mouvement plus vaste. Dès 2016, un consortium d’annonceurs industriels publics dont les motivations sont bien lisibles a lancé un nouveau monde virtuel basé sur l’indépendance énergétique personnelle : UNAVOLTA, l’accès libre, universel, ubiquitaire et mobile au «métavers», censé interconnecter tous les mondes virtuels de la planète. Les uns après les autres, les mondes numériques ont cédé aux sirènes d’UNAVOLTA, permettant à leurs citoyens de circuler d’un monde à l’autre, étendant les marchés et les réseaux d’échange. Seul NovoMondo résiste encore, mais sans doute pas pour longtemps. Le traducteur universel mis au point par les utilisateurs d’UNAVOLTA représente en particulier un saut qualitatif majeur dans la capacité de chacun d’entrer en contact avec des «joueurs» dans le monde entier. Reste une dernière étape : démocratiser les mondes virtuels, les faire échapper à l’emprise de leurs promoteurs. Le débat fait rage : à qui appartiennent nos avatars, les objets que nous y avons créés, les maisons que nous y avons bâties ? Qui a le droit d’utiliser les millions de traces que laisse chaque joueur ? Comment financer les énormes « fermes de serveurs » nécessaires au fonctionnement de ces jeux ? Comment y assurer un minimum de sécurité et de régulation ? Ces questions commencent à intéresser Jean, mais il est difficile de les poser dans NovoMondo. Il songe sérieusement à migrer, et se lance dans la recherche d’un avocat qui lui permettra de récupérer l’énorme capital qu’il a accumulé dans le monde qu’il va quitter, et le transférer dans l’autre.

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